Le licenciement de Rachael Moore, un malheureux cas d’école – Partie 1

J’ai longtemps hésité à écrire un article sur ce sujet mais j’ai décidé de tout de même m’exprimer.

J’ai deux objectifs dans cette prise de parole. Le premier, c’est de clore ce chapitre du milieu militant belge. Le second, c’est de donner des pistes de réflexions pour mieux comprendre les enjeux de ce fait-divers. 

Il y a quelques années, la Rainbow House a recruté Rachael Moore.

Rachael est une femme britannique, qui travaillait au Parlement européen, avant d’arriver à la Rainbow House. 

Elle est parfaitement trilingue et elle est extrêmement éduquée sur toutes les questions de genre. 

Grâce à elle, la RainbowHouse Brussels est devenue un lieu safe pour de nombreux queers racisés. Pourtant, malgré toutes les qualités de Rachael, elle a été licenciée au mois de janvier 2021.

Le licenciement de Rachael est malheureusement un cas d’école. Ce type de situation se produit très souvent, dans différentes entreprises. J’aborderai la question des femmes noires dans le monde du travail dans la seconde partie de mon article. Dans ce post, je vais faire un parallèle entre cette polémique et une autre histoire du même acabit.

Un licenciement abusif?

Rachael est la première femme noire coordinatrice de la Rainbow House. Cette avancée s’est soldée par un échec et par une polémique stérile sur le net.

Les motifs exactes du licenciement restent flous mais Rachael a précisé sur les réseaux sociaux, qu’elle aurait été licenciée à cause d’un tweet envoyé à une journaliste de la RTBF. 
Cette journaliste avait annoncé qu’elle modérerait un débat avec Angela Davis (activiste afroaméricaine). A l’époque, Rachael lui a demandé via Twitter « pourquoi elle ne laissait pas sa place à une femme noire? ». Après ce tweet, la journaliste en question s’est adressée à un collègue de Rachael. Elle a affirmé avoir été très déçue par Rachael et lui a également demandé si le propos de Rachael reflétait les valeurs de la Rainbow House.

Angela Davis

Les tweets en question, ci-dessous :

Entre temps, la Rainbow House a communiqué à de multiples reprises et a affirmé que ce tweet n’était pas la cause son licenciement.

Cependant, les raisons exactes de son licenciement m’intéressent moins que d’étudier les mécanismes qui ont crée ce bad buzz.

Des associations qui capitalisent sur les luttes afro : « They want our rythm but not our blues »


Je pense que la Rainbow House a pu se redorer le blason auprès d’un certain public grâce à l’embauche de Rachael Moore. Beaucoup de personnes ont recommencé à venir à la Maison Arc en Ciel grâce à elle. J’ai malheureusement l’impression que l’embauche de Rachael était du pur diversity washing.

« Le diversity washing désigne la tendance qu’ont les entreprises à se donner une fausse image d’ouverture à la diversité, à utiliser le recrutement de personnes racisées comme un procédé marketing, mais sans que les actions soient suivies de réels changements systémiques. »Letsrizeup

De son côté, la journaliste, accusée d’avoir participé au processus de licenciement de Rachael fait partie du projet « les Grenades ». Les Grenades sont une filiale de la RTBF (radio-télévision belge francophone). On peut dire que c’est la branche progressiste de la télévision publique belge. Les Grenades évoquent très souvent des sujets qui sont intrinsèquement liés à la vie femmes noires. C’est pour cette raison qu’il est d’autant plus choquant de voir qu’une remarque légitime puisse être aussi mal interprétée par l’une de leurs journalistes.
Le projet des Grenades prétend donner la part belle aux minorités mais il semble qu’il ne soit pas prêt à accueillir des discours plus radicaux.

J’en parlais déjà en 2019, mais en Belgique, toutes ces institutions (Rainbow House, Grenades…) semblent s’intéresser à nos idées, à nos luttes, à notre créativité mais elles ne sont pas prêtes à se remettre en question lorsqu’on les met face à leurs propres contradictions.

Les femmes noires n’ont pas le droit à l’erreur

Dans la tourmente, la maison arc-en-ciel a écrit un communiqué de presse incendiaire évoquant l’ensemble des erreurs commises par Rachael afin de justifier son licenciement. Ce communiqué flirtait vraiment avec l’illégalité. Ils ont finalement supprimé la déclaration à cause de l’énorme backlash qu’ils ont reçu de la part des internautes. Comme très souvent, le Black Twitter s’est montré vif et a évité à Rachael une enième humiliation.

Janet : le symbole d’une carrière brisée

C’est un hasard du calendrier mais cette histoire s’est déroulée presque en même temps que le « Janet Jackson Appreciation Day ». C’est une journée sur Twitter, où beaucoup de personnes parlent de Janet et évoquent le Superbowl de 2004 qui a tué sa carrière musicale.


A l’époque, Justin Timberlake avait montré la poitrine de Janet Jackson par erreur, lors d’une prestation. Après l’incident, la petite soeur du roi de la pop, est devenue persona non gratia dans l’industrie du disque, tandis que la carrière de Justin Timberlake a décollée.

Femmes noires et Black Twitter

A l’époque, Janet Jackson avait subi un traitement très sévère lié à son genre et à sa race. L’histoire de Janet fait partie d’une tradition américaine marquée par la déshumanisation des femmes noires. Encore aujourd’hui cet horrible traitement médiatique force les femmes noires à faire preuve d’une organisation très rigoureuse. Elles sont l’un des groupes le plus présent sur Twitter et elles arrivent à impacter les médias aux Etats-Unis. Cette organisation est un phénomène qu’on observe également en Europe. Et c’est grâce à cette organisation que la Rainbow House a dû supprimer son premier communiqué. C’est grâce à l’attitude vindicative de Rachael et à la pression populaire que l’institution a cédé. Beaucoup d’entre nous l’avons soutenue car nous nous sommes reconnues en elle.

Beaucoup de gens estiment que Twitter est une sorte de tribunal populaire très problématique mais il ne faut pas oublier que pour beaucoup de victimes, Twitter est le seul moyen de lancer une alerte et de se faire entendre.

2 commentaires sur “Le licenciement de Rachael Moore, un malheureux cas d’école – Partie 1

  1. trop profond! comme tu dis, lexemple de rachael est just un d’entre bcp. les femmes noir sont utilise’ comme utiles et puis jete dans la poubelle quand on a fini avec eux. Personne pense a venir a notre defense ou bien notre secours sauf quand cest trop tard et apres bcp dennuis.

    J'aime

    1. Bonjour Sierra,
      En effet. Je me rends compte après relecture que j’ai oublié de préciser deux choses importantes.
      La journaliste en question qui a dénoncé Rachael auprès de son collègue se définit comme afrodescendante ms n’est pas noire. Donc, la question de nos luttes est importante. A force de vouloir intégrer toutes les personnes subissant le racisme à nos luttes, on se retrouve ds des situations où les gens ont du mal à nommer la negrophobie/afrophobie et imaginent qu’ils peuvent récupérer les luttes des personnes noires.
      Autre chose, c’est que son lieu de travail a écrit un communiqué de presse dégueulasse à son encontre. Je n’ai jamais vu un tel traitement, c’est vraiment inhumain.
      Heureusement, qu’on s’entraide via les réseaux sociaux et que nous sommes nombreuses à avoir compris que « we need to have the back of each other »

      Aimé par 1 personne

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