Femmes noires et marché matrimonial

Mon profil sur le site de rencontre OkCupid

A 26 ans, je me mets pas mal la pression pour trouver ma place dans la société. Et ces derniers mois, j’ai fait face à deux énormes challenges, à la fois personnel et professionnel. J’ai dû chercher de l’emploi, tout en étant célibataire. Vivre ces expériences en parallèle m’a permis d’observer des similitudes entre le marché matrimonial et le marché de l’emploi.

Aujourd’hui, j’ai envie de me pencher plus particulièrement sur la question du célibat (non voulu) des femmes noires hétérosexuelles… Je trouve que c’est une question taboue, complexe, intéressante et qui vaut la peine d’être abordée.

  1. Le marché matrimonial ou le marché de l’emploi
    Pour moi, ce sont les deux faces d’une même pièce car les femmes noires rencontrent des blocages dans ces deux domaines. Nous vivons dans un système où, les femmes noires sont tout en dessous de l’échelle sociale.
    Dans une étude menée par l’application de rencontre OkCupid, les femmes noires sont celles qui ont le moins de succès. Elles ont un score inférieur à toutes les autres catégories de femmes sur le site.
  • Le site OkCupid l’explique ainsi : « les préférences ou les préjugés raciaux ont un impact énorme sur la société, bien au-delà des sites de rencontre. (….) Il est évitent que la race est un facteur parmi d’autres, qui joue un rôle dans les choix des individus. Mais ça en dit plus long sur notre société que sur les individus faisant partie de celle-ci. »
  • Je pense qu’il y a une différence fondamentale entre le marché matrimonial et le marché de l’emploi : c’est notre capacité à avoir de l’impact sur notre situation. Le travail et les études sont des domaines qui sont en partie liée à la persévérance et à la discipline. Bien que le plafond de verre soit un véritable handicap, il est possible de tirer son épingle du jeu, si on travaille de manière acharnée.
    Mais le marché matrimonial fonctionne vraiment différemment. L’attractivité et la beauté physique sont influencées par les médias, les goûts personnels et la culture… En tant que femme noire, nous avons très souvent des traits physiques totalement à l’opposé des critères de beauté mis en avant dans les médias. Et il y a peu de choses qu’on peut mettre en place pour changer ça.

    2. « Les hommes noirs n’aiment pas les femmes noires »
    Ce qui est d’autant plus frappant dans cette étude, c’est de voir le manque de réciprocité entre hommes noirs et femmes noires.
    Les femmes noires ont tendance à vouloir matcher des hommes noirs mais la réciproque n’est pas vrai.
    « Black women showed the most interest in black men, while women of other races heavily preferred white men. Black women seem most drawn to date prospects of their own race — even though black men have a low interest rating of 16.5% to black women. »
    J’ai discuté de ce sujet avec mon père et je me suis rendue compte que c’était une problématique vieille comme le monde. Au Rwanda, dans les années 70/80, les hommes hutus ayant réussi à monter dans l’échelle sociale avaient tendance à se marier avec des femmes tutsis. (Aujourd’hui, on pourrait dire que c’est l’équivalent du darskin/lightskin aux Etats-Unis)
    Ce sont donc des schémas qui se retrouvent partout. Et ce, peu importe la culture, l’ethnie…Dans cette étude sur l’online dating, on se rend compte que les personnes racisées souhaitent vraiment « date outside their race »: The person’s race does influence his or her answer to this question because 85% of non-whites said they’d prefer to date outside their race versus just 65% of white people who said the same. »Le marché matrimonial est un vrai enjeu qui cristallise énormément d’enjeux. C’est un symbole très fort de nos fantasmes et de nos projections… De toutes ces choses qu’on a intériorisé et qu’on reproduit de manière très souvent inconsciente.

    3. Familles afro-descendantes en Europe
    Dans le cas des familles d’origine rwandaise, nous sommes les premières générations à fonder un foyer en Europe. On connait peu de familles qui ont évolué dans un milieu interculturel et on a très peu de recul sur ce que ça va donner sur le long terme. Aux Etats-Unis et dans les Caraïbes, il y a une crise du modèle familial. L’absence des pères (à cause de l’incarcération de masse…) fragilise les cellules familiales. En Europe, les jeunes afrodescendants vivent dans une polyphonie de discours et il est difficile dans ce contexte de construire nos propres modèles familiaux.

Etre une femme noire et choisir de se mettre en couple avec un homme noir, c’est choisir de se confronter à des problèmes qu’on peut éviter en choisissant un partenaire appartenant au groupe politique dominant. Au final, tous nos choix sont politiques et nos choix amoureux le sont aussi.

Sources :
https://www.datingadvice.com/online-dating/online-dating-race-statistics

https://theblog.okcupid.com/race-and-attraction-2009-2014-107dcbb4f060

https://www.noireetpsy.org/le-vecu-du-celibat-chez-les-femmes-dorigine-africaine/https://echosdafrique.net/usa-70-des-afro-americaines-sont-celibataires/

Chrissie vidéo : https://www.youtube.com/user/KissedByVenus
J’aime beaucoup la chaine de Chrissie car elle donne des conseils pratiques et pragmatiques à mettre en place lorsqu’on est une femme noire foncée. C’est une adepte de la corrective promotion.

2 commentaires sur “Femmes noires et marché matrimonial

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