Une misogynoir made in France

La misogynoir est une forme de misogynie envers les femmes noires dans laquelle la race et le genre jouent un rôle concomitant. 

Ce mot vient de la contraction de  

  • « miso »: haine 
  • gyn : femme 
  • noir  

Ce terme a été popularisé en 2010 grâce à Twitter.  

Le lexique militant s’est extrêmement étoffé ces dernières années et il permet de mieux décrire ce que les populations marginalisées subissent.

Ces dernières semaines en France, la misogynoir a connu quelques heures de gloire.  

Le traitement médiatique de Rokhaya Diallo et d’Assa Traoré ont confirmé qu’il existait une suprématie blanche en France et que celle-ci a de beaux jours devant elle. 

Sur les réseaux sociaux, les commentaires à l’encontre de Rokhaya Diallo et d’Assa Traoré sont remplies de véhémence car elles défient l’autorité et l’ordre établi. 

Il y a eu 2 incidents assez importants qui ont mis en lumière cette misogynoir à la française.

Le choix d’Assa Traoré pour la couverture du Times 

Le premier évènement, c’est le choix d’Assa Traoré pour la couverture de Times Magazine.  Elle fait partie des personnalités ayant marquées l’année 2020 et elle a été sélectionnée pour le prix de « guardian of the year »

Sur les réseaux sociaux, beaucoup de Français ont critiqué ce choix et n’ont pas hésité à insulter et à diffamer les membres de sa famille.  

Ça fait plusieurs années que les Traoré subissent une campagne de dénigrement et comme l’explique si bien le journaliste Julien Suaudeau, « Ce que la France ne pardonne pas à Assa Traoré, ce n’est pas de pleurer son frère, mais d’affirmer que sa mort est le résultat inéluctable d’une mécanique, les violences policières contre les minorités, que nous avons appris à identifier comme américaine; c’est d’appliquer hors-sol la critique d’un système, l’ordre blanc, dont nous nous estimons préservés par les lois et les valeurs de la République. » 

Le choix d’Assa en couverture de ce magazine a fait l’effet d’une bombe dans un pays où l’on n’ose pas prononcer le mot race. 

Pourtant, c’est un choix assez cohérent quand on observe les récents soulèvements dénonçant les violences policières à Paris. Chaque année, une douzaine de personnes meurent sous les coups de la police française. 

La couverture du Times montre une Assa digne et fière. Et son attitude contraste avec les faits qui sont reprochés à l’état français.  

Rokhaya Diallo face au mépris

Dimanche, Rokhaya Diallo a relayé sur Twitter un extrait d’une émission de Sud Radio. Une auditrice y prend la parole lors d’un débat et déclare :  

« Mme Diallo se plaint de la France, elle se plaint des Blancs, mais si aujourd’hui elle est journaliste (…) elle le doit à l’ouverture d’esprit de notre éducation et de notre pays. Parce que Mme Diallo, elle n’aurait pas bénéficié de tout ce que donne la France, je crois qu’il y a de fortes chances qu’elle serait en Afrique, avec 30 kg de plus, 15 gosses en train de piler le mil par terre et d’attendre que son mari lui donne son tour entre les 4 autres épouses » 

Cette phrase est un condensé de clichés racistes qui proviennent d’un imaginaire collectif teintée de propagande coloniale.  Le plus inquiétant, c’est que l’auditrice n’ait pas été recadrée par les 4 journalistes présents lors de l’émission. 

Dans ces deux affaires, on remarque que les 2 protagonistes sont des femmes noires qui font bouger les lignes. Il serait intéressant de comprendre pourquoi ce sont des femmes noires qui sont à l’avant de ces luttes? N’est-ce pas également une autre forme de misogynoir, que de n’avoir quasiment que des femmes noires qui prennent tous les coups de l’antiracisme politique? 

Le mythe de la femme noire forte 

Ce stéréotype colle à la peau des femmes noires. Il est né durant l’esclavage et comme Bell Hooks l’explique dans son livre “ne suis-je pas une femme ?”, il y a eu toute une mythologie autour de la femme noire. 
Durant l’esclavage dans le Nouveau Monde, hommes noirs et femmes noires étaient sur un pied d’égalité en termes d’exploitation. Aucune tâche ne leur était épargnée.

« Pour expliquer la capacité des femmes noires à accomplir des tâches culturellement définies comme des travaux d’hommes, les hommes blancs ont affirmé que les femmes noires esclaves n’étaient pas de vraies femmes mais des créatures sous-humaines masculinisées. (…) Les hommes blancs ont perpétué l’idée que les femmes noires possédaient des caractéristiques masculines inhabituelles, ne faisant pas partie de l’espèce femelle. » 

Selon Bell Hooks toujours, beaucoup d’anthropologues ont émis l’hypothèse de l’existence d’un matriarcat dans les sociétés afro-américaines. Mais toutes ces recherches étaient en réalité biaisées par le racisme de ces sociologues, confèrent aux femmes noires une force et une puissance liées à une supposée masculinité exacerbée.   

Ces stéréotypes ne sont pas étrangers au traitement actuel des femmes noires en France. Les critiques les plus acerbes à l’encontre de ces femmes sont permises car on pense qu’elles sont capables d’encaisser tous les coups. 

En tant que femme noire, il existe également une misogynie que nous avons nous-mêmes intégrées et qui nous pousse à repousser nos limites. On se pense parfois très fortes mais c’est une forme de misogynoir integrée.  
Malheureusement, la santé mentale a des limites
. Je pense qu’une des stratégies qu’on peut adopter, c’est d’éviter de personnifier les luttes. Ainsi, plusieurs personnes auront la possibilité d’incarner ce combat sans que leur santé mentale ne soit impactée par le cyberharcèlement.  

La France est très violente envers les femmes noires. On le savait déjà et on le constate régulièrement notamment, à travers le traitement médiatique d’Aya Nakamura (qui pourtant, ne fait pas de politique).  

Lorsqu’on comprend comment la misogynoir s’exerce concrètement, on comprend aussi qu’il faut prendre des dispositions claires et fortes pour protéger ces femmes. 

Sources :

https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/12/21/le-csa-saisi-apres-des-injures-racistes-contre-rokhaya-diallo-sur-sud-radio_6064146_3246.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moya_Bailey

https://fr.wikipedia.org/wiki/Misogynoir

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Violence_polici%C3%A8re_en_France

Livre Bell Hooks, ne suis-je pas une femme?

6 commentaires sur “Une misogynoir made in France

    1. Hi Sierra
      Thanks for your comment.
      I am always surprised to see how you stay informed about what is going on in Europe instead of keeping your focus on the US.
      How comes you can understand French by the way?

      Aimé par 1 personne

      1. I actually only know what’s going on in Europe from your blog! Lol! I started learning/studying French in high school and then began doing bible study work with French speaking immigrants in the area, so that required me to continue studying the language and studying the Bible in the language afin d’enseigner clairement!

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      2. Hehe ok good to know. I think the US is in the top 5 of my viewer’s country. I am always surprised about that. Great to hear from you. I hope your health is good during this lockdown. Take care and be blessed! 🙂

        Aimé par 1 personne

  1. Je reste toujours stupéfaite par la bêtise humaine, le coup de l’auditrice c’est vraiment incroyable…
    Pour ce qui est du stéréotype de la femme noire, je suis tout a fait d’accord. Pour ce qui est du matriarcat africain, il y en a encore aujourd’hui au Ghana et au Kenya. Mais je ne pense pas que cela puisse expliquer quoi que ce soit en effet…
    En tout cas merci pour cet article 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Lucie
      Merci beaucoup pour ton commentaire.
      La question du matriarcat africain est très épineuse car ça dépend ce que tu entends par là.
      Il y a beaucoup de débats sur le sujet. Ce qui est sûr, c’est que ça n’a jms existé chez les afro-américains. Il y a bcp de problèmes car le concept même de famille a été détruit à cause du colonialisme et de l’esclavage.
      Sur le continent africain, chaque contexte est différent mais je ne pense pas qu’on puisse parler de matriarcat.
      Il existe des familles matrilinéaires (comme les Juifs) mais un vrai matriarcat, où les femmes règnent et ont beaucoup de pouvoir, c’est compliqué à trouver.
      Il y a un exemple d’un village kenyan ou sud africain où les hommes étaient chassés mais ça reste très marginal

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