Un vent de révolte souffle sur le Rwanda…

Ces dernières 72 heures ont été vraiment particulières pour la diaspora rwandaise. Malheureusement, seul le procès de Paul Rusesabagina est mis en avant dans les journaux. Dans cet article, je souhaite observer les synchronicités de l’actualité rwandaise, qui (je pense) ne sont pas dues au hasard.

Kizito Mihigo

Le 17 février 2021, c’est l’anniversaire de la mort de Kizito Mihigo. Kizito était un chanteur de gospel très connu au Rwanda, qui est décédé l’an dernier dans une cellule de prison à Kigali.

Il était une véritable star au Rwanda. Et jusqu’à maintenant, il reste une figure de réconciliation et un symbole de paix pour de nombreux Rwandais.

En 2014, il a écrit une chanson très intense où il appelait à avoir de l’empathie envers les Hutus qui ont perdu des proches dans les années 90. Après cette chanson, il a été emprisonné pour conspiration contre l’état rwandais. En février 2020, il est retrouvé mort dans sa cellule.

Le 17 février est donc devenu une date que beaucoup de Rwandais commémorent. L’assassinat de Kizito a été une manière de continuer à briser le cœur des Rwandais et de nous maintenir dans la terreur.

Yvonne Idamange

Le second évènement qui a marqué ces dernières heures, c’est l’arrestation d’Yvonne Idamange. Cette femme a fait le buzz sur Youtube au début du mois de février. Chaque jour, elle postait une vidéo où elle critiquait tous les manquements du gouvernement dans la gestion de la crise du Covid19. Elle a critiqué les nombreux choix du gouvernement, qui ont enfoncé encore plus de gens dans la misère. Ses vidéos ont été très partagées car cette mère de 4 enfants ose dire tout haut, ce que tout le monde pense tout bas au Rwanda. Des policiers ont campé autour de sa maison durant plusieurs jours et elle a fini par être arrêtée le lundi 15/02.  Ce qui est très inquiétant dans cette affaire, c’est que le jour de son arrestation, le journal Igihe a écrit un tweet annonçant le décès d’Yvonne. D’après eux, elle se serait suicidée lors de son arrestation.

Mais cette rumeur a vite été démentie.  Cette rumeur est assez inquiétante car elle prouve que le pouvoir risque de porter atteinte à sa vie. Ce qui est sûr, c’est qu’elle n’est absolument pas en sécurité dans les prisons rwandaises. 

Paul Rusesabagina

Le dernier évènement et sans doute le plus médiatisé, c’est le début du procès de Rusesabagina. Le procès a été retransmis sur Youtube. Mais beaucoup de choses posent question dans ce procès. Déjà, la manière dont il a été emmené à Kigali. Il a dit lui-même lors de sa défense, qu’il avait été pris en otage. 

Les manquements au droit international sont nombreux (ci-dessous, une liste non-exhaustive) :

–          La procédure d’extradition n’est pas légale. Un procès ne commence pas par un kidnapping.

–          La juridiction n’est pas respectée car en tant que belge, il est censée être jugé en Belgique.

–          Il n’a pas eu l’assistance de tous les avocats de son choix.

Ce qui sûr, c’est que les Etats-Unis soutiennent bien plus leur résident que la Belgique. Le congrès américain a demandé sa libération pure et simple car la procédure extradition légale n’a pas été respectée.

Le président lui-même a avoué qu’il a usé d’abus de confiance et qu’un espion l’a emmené à Kigali.

Ce procès n’est pas équitable et il ne l’a jamais été. Le fait que l’état belge continue à dire qu’ils suivent l’affaire de près et qu’ils encouragent le Rwanda à mener un procès équitable n’est qu’un aveu de faiblesse. Car ils savent très bien que les dés sont pipés d’avance et que le président Kagame a déjà décidé de sa culpabilité.

J’ai bien l’impression que les esprits bouillonnent au Rwanda et qu’après 27 ans au pouvoir, on arrive à un tournant dans le régime de Kagame.

En tant que belgo-rwandaise, j’espère que mon pays de refuge aura le courage de sortir de sa posture actuelle. Aujourd’hui, nous avons besoin de voir que nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone, mais que nos vies comptent vraiment. La culpabilité coloniale et le rôle que la Belgique a joué dans le génocide ne doit pas museler le pays. Ça devrait, au contraire, motiver la Belgique à ne pas rester neutre dans une telle situation d’injustice.

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