Pourquoi le blacklove ne sera plus jamais sur ma wishlist – partie 2

Dans mon précédent article, je souhaitais partager un petit bout de ma vie amoureuse et de mes expériences mais je n’imaginais pas recevoir autant de feedback. 

Toutes ces réactions ont confirmé l’une de mes hypothèses : la vie amoureuse des femmes noires est scrutée de très près. 

Je n’ai pas développé le sujet dans mon premier article car je pensais mon propos clair mais je vais le faire cette fois-ci car je suis étonnée de la mauvaise interprétation de mon article. 

Des biais dans nos choix amoureux 

Pour moi, il est normal de politiser l’amour. Je l’ai fait pendant longtemps. J’ai été une fervente défenseuse du black love mais aujourd’hui, j’estime qu’il est plus intéressant de garder ses options ouvertes. 

En France, il existe une injonction au métissage car les couples noirs n’existent pas dans les médias. Quand un couple avec une personne noire est représenté à la télé, ce sera un couple mixte. Dans ce contexte, je peux comprendre qu‘il est important de se réapproprier le concept du blacklove, qui peut être libérateur dans un pays où on ne nous apprend pas l’amour propre. 
Beaucoup souhaitent expérimenter le black love pour avoir un couple safe mais aussi, pour célébrer l’africanité. Car grandir en Europe, c’est vivre dans un continent où les personnes noires sont discriminées et moquées. Il faut avoir une sacrée dose de perspicacité pour s’en rendre compte et pour se défaire de ces stéréotypes.

Je pense vraiment qu’à partir du moment où on a conscience de ces biais (haine de soi, dépréciation des personnes afro…), on peut faire des choix plus éclairés en ce qui concerne les personnes qu’on aime. On peut (par exemple) décider d’être en couple mixte, sans que ce choix ne soit lié à une dévalorisation de sa propre ethnie.
 

Femmes noires : gardiennes du blacklove 

Je pense que les femmes noires ont toujours été les gardiennes du blacklove.  
J’en ai parlé sur ce blog, lorsque j’évoquais l’étude américaine d’okcupid qui montre que les femmes noires souhaitent se mettre en couple avec des personnes noires en grande majorité. Ce qui n’est pas le cas des hommes noirs qui (j’imagine) ont intégré, malgré eux beaucoup de misogynoir. Beaucoup de femmes afro ayant grandi en Occident ont très vite compris qu’elles étaient tout en bas de l’échelle du marché matrimonial.  
C’est pour cette raison que je trouve que le blacklove devrait en priorité s’adresser aux hommes noirs.  
Car le black love peut limiter leurs options et peut priver ces femmes d’une opportunité de couple heureux.  

Les femmes noires sont en proie à de nombreuses difficultés, même dans un couple noir  

Le blacklove ne garantit pas le bonheur en amour.
Les personnes afrodescendantes font face à de multiples difficultés sociales. Et il y a différents paramètres qu’il est important de garder à l’œil pour éviter d’idéaliser les couples noirs.  
Dans cet article, je vais parler de 3 paramètres : la prévalence des familles monoparentales, la santé sexuelle et les violences conjugales.  

  • Mères célibataires  
    Aux Etats-Unis, 77% des nouveaux nés noirs ont des mamans célibataires/non mariées. Ce chiffre est assez significatif et est bien plus élevé que la moyenne nationale. Il n’y a pas de statistiques ethniques en France mais une étude de l’Insee de 2014 confirme qu’il existe plus de familles monoparentales parmi les afrodescendants. “En France, il y a davantage de familles monoparentales parmi les immigrés originaires d’Afrique subsaharienne. (…)Les plus éloignés du modèle standard sont les descendants d’immigrés de l’Afrique subsaharienne, plus souvent en situation de monoparentalité. » 
  • Prévalence du VIH

En Belgique, les femmes noires sont surexposées au risque d’attraper le VIH par rapport au reste de la population.
“Malgré une baisse des nouveaux diagnostics depuis 2012, les personnes d’ascendance africaine restent un groupe particulièrement exposé. C’est le deuxième groupe le plus touché au niveau national. Au niveau de Bruxelles, la récente publication de l’Observatoire montre que ce groupe compte pour 20% des nouvelles infections, dont 2/3 concernent des femmes, alors qu’il ne constitue que 2% de la population bruxelloise.” 

  • Les violences conjugales 

En ce qui concerne les violences conjugales, j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver des sources où le paramètre ethnique est clairement pris en compte en Europe. Les seules études disponibles concernent les femmes migrantes (migration récentes/primo-arrivants).
Ce qui est sûr, c’est que les femmes afrodescendantes sont confrontées à ces violences, mais il est difficile de savoir dans quelle mesure.

« Les violences conjugales varient en fonction du continent. En 2010, une étude de l’OMS montrait que 16.30% des femmes d’Asie de l’est seraient confrontées à la violence dans leur vie. Le chiffre monte à 65.64% en Afrique subsaharienne et à 25% des Européennes. »
Il n’y a pas de chiffres clairs qui donnent des statistiques précis pour les femmes noires en Europe mais des éléments culturels peuvent jouer dans la prévalence des violences.
“L’imbrication des problématiques de genre et de culture entraîne des contextes particuliers, et il serait incomplet de ne pas les prendre en compte. Accompagner des femmes victimes de violences sans prendre en compte leur trajectoire de vie et donc leur parcours migratoire revient à ne les considérer que partiellement dans leur identité.” 

En conclusion, bien qu’être en couple avec une personne noire peut protéger du racisme, ça ne nous rend pas imperméable à d’autres difficultés. Il peut y avoir bien d’autres problèmes et/ou violences qu’il est également important de nommer. 
Mais j’imagine qu’on n’ose pas trop en parler par gêne et par volonté de ne pas jeter de l’huile sur le feu. On sait que le groupe social composé d’hommes noirs est déjà bien assez stigmatisé par la société. Je pense tout de même, qu’il est important de ne pas avoir de tabous et de parler de tous les problèmes qui peuvent empoisonner les couples afro. 

Dans le passé, je pense avoir été dans des couples toxiques parce que je politisais beaucoup l’amour. Je pouvais trouver des excuses à la personne en disant qu’elle a vécu des traumatismes liés aux altercations avec la police, au père absent, au rejet de la société… Tous ces traumatismes peuvent créer des personnes blessées qui elles-mêmes, vont blesser la personne qu’elles aiment. Et malheureusement, en politisant tout, on peut trouver des excuses à des comportements abjects. 
Je pense qu’il est important de responsabiliser les conjoints violents et de ne pas pardonner l’impardonnable. Il faut oublier cette idée d’amour inconditionnel et aimer les personnes à condition que cet amour soit réciproque.  

Enfin, je pense qu’il est important de choisir le meilleur partenaire possible et ce, peu importe son origine. 

Prenez soin de vous ! 

Sources :  
Chrissie : let black men defend themselves
Vers la fin du VIH : églises et diaspora (observatoire du sida)
WHO Intimate partner violence

ÉPIDÉMIOLOGIE DES VIOLENCES CONJUGALES EN FRANCE ET DANS LES PAYS OCCIDENTAUX
Les familles monoparentales immigrées cumulent les difficultés

10 commentaires sur “Pourquoi le blacklove ne sera plus jamais sur ma wishlist – partie 2

  1. En effet, si le blacklove « protège » du racisme dans le couple (et encore, on peut tomber sur un.e noir.e qui a intériorisé le racisme ou qui méprise son pays d’origine ou son ethnie…), il ne permet pas de protéger des difficultés rencontrées dans les couples hétéro (charge mentale, violences conjugales, mansplaining …). Finalement, il est probablement plus sain de rechercher une personne qui partage ses valeurs et qui est ouvert au dialogue, quelque soit la couleur de cette personne…

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    1. Bonjour,
      Merci pour ton commentaire.
      Je suis heureuse de decouvrir ton blog, que je ne connaissais pas du tout ! 😍

      oui totalement. Je crois qu’il faut pas faire attention aux injonctions. C’est déjà assez compliqué d’être une femme noire. Il faut au moins se donner la chance de trouver l’amour. Et l’amour peut venir de différentes façons. Le black love ne garantit absolument rien c’est ça que je voulais vraiment mettre en avant dans cet article. De manière générale, il ne faut pas avoir de pensée dogmatique. Et parfois les réseaux sociaux ont tendance à ne pas regarder les faits.

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  2. Hello Marly,
    Bonne année !
    J’ai lu les deux articles que tu as fait sur cette thématique j’ai bien aimé le côté introductif de la première partie. Et j’aime beaucoup cette seconde partie qui a un petit côté témoignage au début. Étant donné que le black love est de plus en plus présenté comme une tendance, un idéal, etc je trouve que c’est très important d’apporter des témoignages concrets sur ce sujet. Et franchement je suis 100% d’accord avec le message de ton 4e paragraphe garder ses options ouvertes c’est clairement la meilleure option !

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    1. Coucou Thia

      Comment vas-tu? 😊
      Merci pour ton commentaire.
      Je te souhaite une très belle année 2021 également!
      Je crois que je pourrais parler de ce sujet durant des heures tellement j’ai de choses à dire.
      Je pense que l’intime est politique et qu’il faut y reflechir et le questionner.

      Je te fais des bises!
      Marly

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      1. Hello,
        Très bien et toi ?
        Merci ! En tout cas j’ai trouvé ça vachement intéressant les liens que tu as fait avec la mysogynoire et le colorisme.
        Je crois que j’ai déjà entendu parler de ça l’aspect politique de l’intime. Ça vient d’une auteur afrofeministe non ?
        Bises à toi aussi !

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  3. Hello Mesdames,
    Je plussoie complètement avec le commentaire de @Ngwaneeligui.

    Je pensais qu’il était naturel de soutenir le Black Love à tout prix. J’ai moi-même fini par déchanter en voyant ce que les hommes noirs que je plébiscitais tant étaient capables de faire à l’encontre des femmes noires.

    Aujourd’hui, je suis heureuse de dire que l’homme que j’ai choisi répond avant toute chose aux critères que je recherche chez un homme en tant qu’être humain avant d’être noir, pro-noir, panafricain etc.. C’est ma cerise sur le gâteau.

    Pourquoi accepter de répondre à des injonctions extérieures en apparence bien sur le papier qui nous pourrissent la vie quotidienne ?

    Choisissons les relations épanouissantes avec des hommes respectueux de nos personnes, de nos choix, santés et intégrités !

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    1. Je suis heureuse de voir que nous sommes beaucoup à ne plus tenir compte des injonctions sociales. Au final, à nous de choisir la personne qui nous aime et qu’on aime. Bien loin des considérations liées à des critères ethniques car ils ne garantissent pas à eux-seuls qu’on puisse être heureuse.

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  4. marly! Tu peux vraiment etre journalist comme tu est un ecrivain tres belle! Jaime bcp les deux partie de ce sujet, et toute la recherche que tu a fait. detre avocat de black love, comme tu dit, est seulement a notre desavantage etant femmes noires

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